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Et si on regardait... Le Bureau des Légendes ? (ou pas !)

Le Bureau des légendesAlors que la sonnerie de mon collège est le générique de Mission : Impossible[1], je me suis dit que j’allais faire une chronique sur les agents spéciaux. Au même moment, Canal + m’a servi la quatrième saison du Bureau des Légendes. L’amalgame étant facile, je me suis donc dit que j’allais vous présenter la série. Le Bureau des Légendes, keskecé ? C’est une série diffusée sur la chaîne cryptée de 4 saisons de 10 épisodes chacune. La série parle du Bureau des Légendes : l’endroit où l’on construit tous les clandestins de la DGSE pour qu’ils opèrent à l’étranger. On suit donc, autour de Guillaume Debailly, interprété par Mathieu Kassovitz qui rentre à la maison, dirigée par Henri Duflot, interprété par Jean-Pierre Darroussin. Sauf que Debailly ne semble pas complètement avoir abandonné son identité clandestine…

 

Dans le bureau, tous les clandestins sont des noms d’oiseaux proférés par le Capitaine Haddock[2] au fil des albums de Tintin. On a donc Malotru, Rocambole, Pachiderme, Moule à gaufres et bien d’autres encore. Au-delà du fait que ça nous fasse sourire, ça montre bien que l’on est en France. Oui, je sais, Tintin est belge[3] mais cela montre que l’on est bien chez nous. Les drapeaux tricolores également peuvent nous mettre sur la voie.

 

On y voit un univers se construire. Un univers sombre et ambigu. Le mensonge est une arme ici. Le mensonge soi-même peut faire mal. On arrive progressivement à des éléments de trahison qui font que l’on se sent encore plus impliqué dans la série. À la fin de la première saison, je fus conquis par la qualité de cette œuvre qui, au-delà du cinéma, a bien plus sa place à la télévision. On peut suivre les épisodes comme on l’entend : au rythme de diffusion de Canal +, à savoir deux épisodes par semaine, ou à son propre rythme (un épisode par jour ou toute la saison en une bouchée), merci myCanal. La diffusion de l’intégralité de leurs séries le jour de la diffusion du premier épisode est une bonne idée et permet de visionner la série à son rythme.

 

Au-delà du lieu vient le temps. Le Bureau des légendes est ancré dans son époque : Rochant, le créateur de la série, nous offre un portrait compliqué de ses personnages : « Les diables ne sont plus vraiment noirs / Ni les blancs absolument innocents », disait Goldman dans les années 80[4]. On touche exactement à cela ce qui nous permet d’avoir un recul sur le monde dans lequel on vit : la quatrième saison de la série est moins axée sur Daech que ne l’est la seconde mais elle parle plus de hackers russes. On avise. On s’adapte. On réécrit. Et au final, on se retrouver à parler du conflit syrien, de la Russie, des Américains, du colonialisme, du nucléaire iranien avec une finesse que j’ai rarement vue.

 

Le rythme est bien mené malgré et le casting est merveilleux. Darroussin en directeur de la DGSE est super, malgré ses cravates. Léa Drucker est excellente dans le rôle de la psychologue. Sara Giraudeau est formidable dans le rôle de la petite jeune. Et l’on voit même de bonnes surprises lorsqu’Artus rejoint le casting dans un rôle à contre-emploi à partir de la troisième saison.

 

Malgré un rythme assez bon dans l’ensemble, on trouve quelques arcs narratifs un peu longuets. Je pense notamment à un arc iranien ou une histoire d’amour qui prend une place centrale dans la série alors qu’elle n’est pas crédible. Il est dommage de voir ces arcs ternir un tableau clair-obscur à faire pâlir le Caravage, pourtant grand développeur du concept[5]. Du coup, Kassovitz avec cet arc est un peu moins bon que ses petits copains. C’est dommage parce qu’il n’y avait pas besoin d’avoir une série d’espionnage avec, nécessairement, une histoire d’amour, qui plus est quand on sait que les conquêtes des espions (ou espionnes, y’a pas de raison) sont en général utilisées à des fins stratégiques (qui n’a jamais rêvé de joindre l’utile à l’agréable ? À condition que le gars ou la fille soit un bon coup, évidemment !).

 

Remercions la DGSE qui a contribué au tournage de la série. Intelligents, la DGSE a compris qu’il fallait aider un tel tournage pour donner envie aux gens d’être des agents français[6]. Par ailleurs, cette œuvre ne se trahit jamais en quatre saisons, ce qui est assez inédit au niveau scénaristique dans une série. D’habitude, il y a toujours une faille. Ici, selon Télérama, on peut republier une interview 3 ans et demi après sans qu’elle ait pris une ride[7]. Je suis entièrement d’accord avec ce point de vue. La série a eu beaucoup de prix et de critiques positives, amplement mérités à mes yeux. Merci à Canal, merci aux comédiens mais surtout merci à Eric Rochant qui montre que l’on travaille bien dans l’ombre en faisant un programme de qualité illuminant le paysage audiovisuel français, pauvre en créations originales ces derniers temps.

 

Yannou

 


[1] Malheureusement authentique.

[2] La liste complète est ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vocabulaire_du_capitaine_Haddock, consulté le 12 novembre 2018.

[3] Il n’aurait pas été au Congo sinon. Réfléchissons deux minutes quand même !

[4] J.-J. Goldman, Entre gris clair et gris foncé, sur l’album Entre gris clair et gris foncé, sorti en 1987.

[5] Minute culture. Caravage joue bien avec l’ombre et la lumière, et l’on appelle cela le clair-obscur. Voici quelques exemples :

[6] http://www.lefigaro.fr/culture/2017/05/14/03004-20170514ARTFIG00080-la-dgse-meilleur-agent-infiltre-au-bureau-des-legendes.php, consulté le 12 novembre 2018 (version publique coupée au premier paragraphe).

[7] https://www.telerama.fr/series-tv/mathieu-kassovitz-je-pense-que-le-bureau-des-legendes-est-proche-de-la-realite,125705.php, consulté le 12 novembre 2018.

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