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Et si on regardait... The State ? (ou pas !)

The state

Comme promis lors du dernier billet que j’ai écrit, parlons de The State, série sur laquelle je suis tombé par hasard. The State, keskecé ? C’est une mini-série anglaise de quatre épisodes d'une cinquantaine de minutes environ, diffusée sur Channel 4 du 20 au 23 août 2017 et diffusée en France sur Canal + les 4 et 11 septembre derniers (à raison de deux épisodes par soirée). Ne tournons pas autour du pot : c’est excellent et j’en suis resté scotché (non, pas comme le whisky, mais comme le ruban adhésif qui vous empêche de bouger après). Vous allez me demander avec raison pourquoi je n’ai pas écrit dessus avant. C'est simple : je n’écris qu’un billet tous les 15 jours et je finissais Kim Kong. Bref, assez parlé de mon dernier billet. Tournons-nous vers cette série un bon Scotch à la main (oui, comme le whisky cette fois, mais en le consommant avec modération).

 

The State raconte l’histoire de plusieurs jeunes britanniques qui se rendent en Syrie pour aller gonfler les rangs de Daech. Parmi ces jeunes, on trouve une urgentiste londonienne et son fils très jeune (ce qui montre que Daech attire les diplômés également et non seulement les jeunes misérables de banlieue comme on voudrait le faire croire), un étudiant qui veut aller comprendre ce qui est arrivé à son frère ou encore une jeune adolescente rêvant d’épouser un moujahid. On les suit rapidement à leur départ mais on ne s’attarde pas sur le voyage, on les retrouve directement à leur arrivée.

 

Dès leur arrivée, les jeunes sont traités comme des touristes et découvrent des consignes d’installation assez strictes. Les filles, ne sortez pas et mariez-vous rapidement car vous ne pouvez pas rester célibataires longtemps. Pendant ce temps, les téléphones sont récupérés car on peut les traquer. Pendant ce temps, chez les hommes, on fait effacer des photos de petites amies, d’amis, parfois de mères car elles ne sont pas voilées sur les photos. On brûle les livres apportés, on brûle aussi les carnets personnels et on fait comprendre qu’il ne faut pas s’attacher au frère d’à côté car il peut se faire sauter dès le lendemain. Il n’y a par contre pas de femmes qui combattent et qui sont martyrs. En effet, on leur fait comprendre que les hommes sont naturellement plus aptes à se battre et qu’elles ne pourraient de toute manière pas être plus (ni même aussi) efficaces qu’un homme. Du coup, elles doivent se cantonner à procréer. Dernier point, surtout, que vous soyez une femme ou un homme, vous ne devez pas parler de votre passé (car comme le dit la grande philosophe Elsa, « le passé est passé, libérée, délivrée, désormais plus rien ne m’arrête »).

 

Au cours de la série, le vocabulaire employé semble assez réaliste. On parle ainsi de l’umma (la communauté musulmane), du djihad, des hadiths tout en enseignant aux jeunes brigades (réparties selon leurs langages en brigades arabophones, anglophones ou francophones) la supériorité du martyr. Cela ne les empêche pas toutefois de s’amuser en faisant des batailles dans la piscine, de chercher à ne pas utiliser les toilettes à la turque parce que « à Londres, j’avais ma propre salle de bain et personne n’avais le droit de l’utiliser »… Et si celui qui baisse les yeux pendant les films de propagande assez violents est mal vu, si on vous rappelle pendant que vous montez ou démontez des mitrailleuses que vous devez oublier les plaisirs de la chair (même si vous aurez vos 72 femmes qui vous regardent, vous surveillent et vous attendent au Paradis), les jeunes paraissent humains.

 

Et quand au bout du premier épisode certains sont intégrés au groupe pour pouvoir combattre l’Occident, on en est presque heureux pour eux. Ils ont envie de se battre pour une cause, de la défendre jusqu’à la mort comme tout jeune peut le vouloir. Sauf que dans cette cause, vous devez appliquer la charia d’abord. Je m’appuie sur un personnage féminin ici, qui cherche à rejoindre l’équipe d’un hôpital mais qui doit rester voilée de la tête aux pieds parce que dans l’hôpital, la charia est plus importante que la médecine. Inutile de vous dire que pratiquer la médecine avec des vêtements amples qui transmettent des germes, c’est compliqué. Il en va de même avec les pharmaciens qui doivent subir un cours de rééducation sinon ils ferment. Dans ce cours, on parle de « la longueur de la barbe, des pantalons et de la distance entre les pieds pendants la prière. C’est très important quand on gère une pharmacie. » Par ailleurs, on vous coupe une main si vous êtes kurde avant de vous décapiter, le tout bien sûr mis en ligne. Chanter est interdit, et vous ne pouvez pas sortir en tant que femme, même voilée, si vous n’avez pas de tuteur légal.

 

Mais malgré tout, ils ont l’air humain, ces jeunes, lorsqu’ils veulent, ces jeunes, appeler leur maman quand les autres membres de Daech ne regardent pas, simplement pour lui dire où ils sont, même si ce ne sera pas facile de le faire. Ils sont humains, ces jeunes, lorsqu’ils s’interrogent sur le jihad en se demandant si on en a pas fait un outil de mode et de communication pour rallier des troupes. Ils sont humains quand ils se disent que l’État islamique n’est pas parfait, mais que les personnes qui immigrent peuvent apporter leur pierre à l’édifice pour le faire fonctionner pour que les habitants y appliquent pleinement et volontairement la charia (la série a d’ailleurs été accusée de complaisance à l’égard de Daech en raison de ces propos). Ils ont l’air humain quand ils rejoignent cet État parce qu’ils veulent savoir ce qui est arrivé à un membre de leur famille et lorsqu’ils sont détruits quand le copain d’à côté se fait exploser contre des remparts d’une ville.

 

Je n’irai pas plus loin dans les exemples car je risque de spoiler énormément ensuite, sachant que je l’ai déjà un peu fait. Mais The State est une excellente série, très bien écrite, qui tente donc de se poser à l’échelle humaine. Que peuvent donc penser ceux qui rejoignent Daech ? Où sont leur limites ? On est tiraillé entre le fait de se dire que ce sont des barbares et l’affection que l’on a pour ces jeunes qui découvrent, une fois sur place, ce qu’est réellement Daech qui n’est pas tout rose et que la violence sur place est extrême (la série ne se gêne d'ailleurs pas pour montrer des scènes au cours desquelles il n’est pas impossible de devoir détourner le regard sous peine de remplir de vomi un peu précipitamment la cuvette des toilettes, qui sont du coup à la turque, si vous avez suivi).

 

La série nous tiraille jusqu’au bout, jusqu’aux ultimes minutes peut-être car on ne sait pas nous même où l’on en est en sortant de cette série. On en ressort en sachant que Daech est le mal, mais en se disant que les jeunes qui partent ont de réelles convictions de changer le monde. Et que peut-on demander à un jeune, sinon de vouloir changer le monde (non pas le journal, ça c’est pour les vieux) ?

 

Bref, The State, on regarde, on les enchaîne, on arrive à la fin 200 minutes plus tard sans se rendre compte qu’on a oublié d’aller chercher son gamin à l’école tellement on est pris par la série. Mais on est tiraillé par ce que l’on voit. On en ressort en ayant réfléchi sans savoir où on en est après plus de trois heures de réflexion. Sauf qu’il faut revenir à la vie réelle dans laquelle Daech est présent. On se dit alors que ce qu’on a vu pendant un peu plus de trois heures prend tout son sens.

 

The Scottish, qui remercie chaleureusement Tyr pour sa contribution à ce billet.

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