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Doctor Who 10x03 Thin Ice

1003 Doctor Bill 2-So, how do we stay out of trouble?
-Well, I'm not the right person to ask.


En voyant la bande annonce de Thin ice la semaine dernière, je n’étais franchement pas enthousiaste. Je ne suis pas fan des épisodes historiques : j’aime surtout la série lorsqu’elle est en mode pure science-fiction ou fantastique/horreur et, si je sais combien la BBC excelle en général dans ses reconstitutions, cela ne me suffit pas à conserver ma capacité d’attention durant ces épisodes au rythme souvent plus lent. J’étais donc résignée, en bonne whovienne qui sait que le mélange des genres est important pour la série, à regarder cette semaine un épisode qui, bon ou pas, ne serait probablement pas fait pour moi. A ma grande surprise, je l’ai beaucoup aimé. Découvrons donc, en trois partie bien sûr, comment le miracle a eu lieu.

 

I. Un épisode introductif, 3eme partie

 

Comme les deux précédentes semaines, cet épisode assume clairement le double-rôle de présenter à la nouvelle compagne (et derrière elle aux nouveaux spectateurs) l’univers de la série tout en présentant la nouvelle compagne et son interaction avec le Docteur au public. Comme durant les deux précédents épisodes, je trouve cette double présentation très réussie et je suis contente que Moffat et son équipe prennent leur temps sur cet aspect.

 

On retrouve donc ici les deux caractéristiques dominantes du personnage: son bon sens et le fait qu’elle soit amateur de science-fiction. Ainsi, loin de suivre aveuglément le Docteur lorsque ce dernier souhaite découvrir pourquoi le TARDIS les a amené à cette époque, elle réalise immédiatement que sa couleur de peau lui attirera potentiellement des ennuis. De même, regardez avec quelle précaution elle marche sur la glace de la Tamise pour la première fois. Je pense qu’on peut être tranquille sur un point, Bill ne sera pas le genre de compagne à se fouler une cheville au plus mauvais moment (coucou Sarah Jane^^).

 

Sa maîtrise des tropes de la science-fiction permet quant-à elle de présenter avec humour aux nouveaux spectateurs les bases de la “science” whovienne. Le TARDIS peut donc voyager dans l’espace et le temps mais pas dans des dimensions parallèles … sauf dans celle où on a laissé Rose et dans quelques pocket universes de temps à autres mais chut, n’embrouillons pas les petits nouveaux!

 

1003 Bill 2

 

Surtout, le paradoxe temporal célèbre de l’effet papillon n’est pas un danger réel. J’en profite d’ailleurs pour demander une minute de silence à la mémoire de Pete, le compagnon ayant sans conteste la durée d’apparition la plus courte de toute la série mais dont la naissance-mort-inexistence m’a bien fait marrer. Plus sérieusement, je trouve que Twelve a sacrément pris du recul sur sa vie passée s’il est capable de plaisanter avec Bill sur le fait que l’ami d’une de ses compagnes puisse être effacé de l’existence à cause d’un paradoxe temporel vu que c’est exactement ce qui arrive à Rory en saison 5. Bref, par la bouche de Twelve, la scénariste donne à Bill et aux nouveaux spectateurs un conseil crucial pour apprécier l’aspect science-fiction de la série (soyons honnête, beaucoup plus fiction que science^^) : “don’t overthink it!”, équivalent poli du “Ta gueule c’est magique” des jeux de rôle.

 

Pour ce qui est du Docteur, cet épisode commence par nous montrer encore une fois combien Twelve a évolué en un peu plus de deux saisons. Il sourit souvent, lui qui n’a pas du le faire plus de deux fois dans toute la saison 8, se moque gentiment et régulièrement de sa compagne alors que les “banters” l’insupportaient en saison 9 et semble désormais impressionné et admiratif devant les voleurs, pickpockets et arnaqueurs, lui qui manifestait si clairement sa désapprobation lorsque Ashildr jouait les voleurs de grand chemin pour passer le temps.

 

Pire encore, il vole! Bon, on sait depuis la saison 1 (lorsque le blaster du capitaine Jack est échangé subrepticement avec une banana) que le Docteur a des talents de pickpocket mais c’est la première fois qu’on le voit voler autant juste pour le plaisir de voler. Si on peut justifier le vol des tourtes par le fait que la victime soit lui aussi un arnaqueur et que le Docteur avait déjà repéré du coin de l’œil des enfants des rues qu’il comptait nourrir, il n’avait en revanche AUCUNE raison de piquer le chapeau du passant innocent. Et méfions nous car en plus de cela il apprend très vite les nouveaux tours, c’est en tout cas comme ça que j’ai pris le fait qu’il joue son futur à pile ou face avec Nardole alors qu’il cherche durant tout l’épisode à apprendre le tour de passe-passe de l’arnaqueur. Disons que je n'ai pas été trèssurprise qu'il gagne... Bref, il est de nouveau ce grand gamin qu’étaient régulièrement ses prédécesseurs.

 

L’épisode effleure également un aspect du personnage souvent mis de côté dans la série : le fait que le Docteur ait des pouvoirs surhumains outre sa télépathie, plus souvent exploitée. Bill lui pose directement la question mais Twelve refuse de lui répondre : il se « trahit » néanmoins lorsqu’il donne le coup de poing au méchant et peut en déduire l’âge, la race et le déficit en fer de sa victime. C’est fort rare : le dernier exemple de ce type qui me vient à l’esprit est dans l’excellent Heaven sent où le Docteur est capable de calculer de nombreuses variables simplement en faisant tomber un vase et j’avais déjà été ravie à l’époque que Moffat se souvienne que le personnage est un alien et pas seulement le détenteur d’une technologie avancée.

 

1003 Doctor Bill 3Mais c’est bien sûr un autre aspect crucial du Docteur qui est mis à l’honneur cette semaine, aspect que ni Bill ni les nouveaux spectateurs n’avaient vraiment eu l’occasion de découvrir, son coté obscur. Et l’épisode n’y va pas de main morte avec le moment où le Docteur semble bien plus intéressé par l’état du tournevis sonique que le gamin des rues venait de voler que par le fait que ce dernier soit mort sous leurs yeux. Franchement, cette scène n’aurait pas dépareillé durant la saison 8 et le contraste est ici d’autant plus fort que Twelve était justement très fun et gamin depuis le début de l’épisode.

 

La discussion qui a lieu alors entre le Docteur et Bill est fort bienvenue puisqu’elle permet à la fois de montrer combine celle-ci est choquée et retournée par cette mort en direct et cette révélation de l’aspect froid et calculateur du Docteur et de faire découvrir ou rappeler au spectateur que le Docteur, s’il est animé des meilleures intentions, est parfois capable d’actes très limites et reste, dans tous les sens du terme, inhumain. J’ai trouvé cet échange très réussi mais surtout intelligemment court : on sait bien que sa compagne lui pardonnera, il aurait été inutile et, je pense, ennuyeux de la faire “bouder” durant tout l’épisode.

 

Désormais, le coté obscur du Docteur est connu de tous mais celui-ci est vite contrebalancé par des preuves évidentes de sa bonté comme lorsqu’il est incapable de s’empêcher de frapper celui qui a violemment insulté sa compagne : la scène est d’ailleurs très drôle mais je pense qu’on avait tous plus ou moins deviné ce qui allait se passer lorsque le Docteur dit qu’il faut que ce soit lui qui parle car la situation nécessite du charme et de la diplomatie. Disons que ce ne sont pas les points forts de Twelve.^^

 

Pour ceux que la révélation de l’aspect sombre du Docteur continuait de mettre mal à l’aise, l’épisode en remet une couche sur sa gentillesse avec son fort joli discours au méchant de la semaine sur l’importance cruciale des vies sans importance. Je suis d’ailleurs ravie de constater que la scénariste, par la voix de Bill, revient rapidement à cette occasion sur l’affirmation évidemment fausse qui m’avait fait ricaner quelques minutes avant: évidemment que le Docteur prend le temps de se sentir outragé, les ¾ de ses plus belles tirades sont sur ce thème. Bref, on l’aura compris: le Docteur est un type dangereux et calculateur mais profondément bon : nul doute que la suite de la saison jouera cette ambiguïté.

 

Je trouve d’ailleurs que le passage qui résume le mieux ambiguïté du personnage mais aussi de la série est le moment où le Docteur lit le conte aux enfants. La scène est charmante et montre combien le Docteur est attaché aux plus petits, ce qui est important non seulement pour souligner l’ aspect très paternel de cette incarnation mais aussi parce que Doctor Who est une série familiale que les enfants regardent. En revanche, le conte qu’il leur lit est absolument flippant et parle d’un monstre qui coupe aux ciseaux les pouces des enfants qui sucent le leur, ce qui rappelle l’aspect effrayant non seulement du Docteur mais de la série elle-même dont le but avoué est de faire en sorte que son jeune public aille régulièrement se cacher derrière le canapé.

 

Quant-à la relation prof-élève de notre duo, elle continue à fort bien fonctionner. Bill pose des questions pleines de bon sens (“How is it a screwdriver? How is it sonic?”) et le Docteur continue à enseigner. La leçon de la semaine portait donc, comme vu précédemment, sur la relativité de la morale et sur le fait que l’émotion ne doit pas prendre le dessus sur la logique (“I care but I move on”). Comme tout prof, le Docteur est néanmoins un sacré sadique et propose comme exercice pratique à son élève de résoudre un dilemme dont la solution est à l’opposé de ladite leçon puisque le “bon” choix est ici le choix moral de ne pas laisser cette bête innocente souffrir mais pas forcément le choix logique (elle risque fort de se venger en mangeant une partie de Londres). La vraie leçon je pense est bien sûr que tout choix est difficile et délicat et que mieux vaut s’abstenir de juger celui qui doit prendre les décisions difficiles lorsqu’on n’a pas toutes les cartes en main. Là encore, je suis ravie de constater que l’épisode ne prend pas des plombes à traiter cette leçon certes importante mais que les fans de la série ont déjà entendue de nombreuses fois.


II. L’épisode en lui-même

 

Pour la 3eme semaine de suite, nous avons droit à un épisode quasi stand alone qui ne fait qu’effleurer le fil rouge de la saison. Voyons donc ce que vaut Thin Ice en dehors de son rôle introductif ou des attendus concernant l’intrigue principale.

 

1003 méchantA mon absolue non surprise puisqu’il s’agit sans conteste d’un des points forts de la BBC, la retranscription historique de l’épisode est superbe. J’apprécie aussi l’idée originale de concentrer l’action autour d’une coutume dont j’avoue ne pas connaître l’existence, cette grande foire sur la Tamise gelée. Bon, je dois tout de même formuler un bémol sur l’aspect esthétique : si le staff technique a eu le bon goût d’éviter de nous montrer le monstre en gros plan (certains moments font déjà assez faux comme ça), il a un peu foiré sur les poissons lumineux dont l’aspect caoutchouteux est manifeste et que le Docteur examine en plus en détail. Manque de budget peut-être ? Ça m’a personnellement plus fait rire qu’ennuyé mais je suis fan d’Andromeda et de Star Trek original, ma tolérance sur les décors et effets spéciaux foireux est donc assez large.

 

Pour ce qui est de l’intrigue, elle est cette semaine encore étonnamment simple, à la limite du simpliste même. Nous avons droit à un énième monstre (sans doute) alien exploité par de méchants humains afin de nous amener encore une fois à la conclusion que le monstre n’est pas celui qu’on croit : c’est bien sûr l’intrigue de The Beast below, Meat de Torchwood et plus généralement un trope des genres fantastiques et sci-fi : c’est par exemple assez proche de l’intrigue de l’épisode de Supernatural de la semaine dernière.

 

De même, nous avons droit ici à un méchant complètement caricatural sans la moindre qualité rédemptrice, le vilain riche sans scrupule exploitant les pauvres (bon, c’est d’actualité cela dit). Il va bien sûr être puni à la fin en mourant de la même manière que tous ceux dont il a causé la mort. En fait, j’ai trouvé que la structure de l’épisode s’apparentait beaucoup au genre du conte : intrigue simple, enfants au premier plan de l’histoire, aspects sombres, méchant puni à la fin et gentils récompensés. On retrouve même le trope de l’enfant pauvre tiré de sa pauvreté pour vivre dans le luxe. Le fait que le Docteur choisisse justement cet épisode pour lire un conte et le moment où Bill appelle le tournevis du Docteur sa « magic wand » ne me semblent pas anodins : cet aspect conte de fée est clairement voulu.

 

Un aspect de l’épisode m’a particulièrement amusé : l’utilisation du monstre par le méchant. J’avoue avoir parfois un humour assez peu élevé et l’idée que le monstre chie la précieuse ressource convoitée par le méchantl m’a fait rire, d’autant plus que l’épisode prend soin, politesse british oblige, d’expliquer ce fait avec beaucoup d’euphémismes. Ainsi, dans la fabrique, le Docteur fait remarquer à Bill que s’ils étaient auparavant vers la tête du monstre ils sont maintenant forcément « on the other side » et que le mot « boue » n’est pas forcément le terme exact pour qualifier la matière dont ce fuel est composé. Après tous ces euphémismes, le « OH SH… » de Bill lorsqu’elle parvient à cette réalisation en est donc d’autant plus drôle. Bref, tout l’épisode tourne autour d’une blague scatologique, j’adore. Bon, par contre, je me permets de faire remarquer au Docteur qu’il a laissé en plein début de révolution industrielle une source de fuel capable de favoriser le voyage dans l’espace : il aurait peut-être pu prendre une minute ou deux pour faire brûler le stock restant avant de partir.

 

1003 BillL’épisode a également un aspect militant qui n’a je pense échappé à personne. En cette période où les extrémismes fleurissent de partout, il n’est bien sûr pas anodin que le Docteur abandonne quelques secondes son pacifisme pour donner un monumental coup de poing à un raciste. De même, le Docteur fait référence au white washing auquel se livre l’Histoire (et par ricochet les séries/films historiques même si c’est pour le coup quelque chose qu’on ne peut pas trop reprocher à la BBC) et nous avons même aussi une petite pique féministe avec le fait que l’héritier Sutcliffe ne puisse pas être une femme alors qu’il est clair que Kitty serait la plus qualifiée, étant déjà de facto le chef de la bande d’enfants des rues . Plus indirectement, nous avons également une référence au changement climatique, c’est en tout ça comme ça que j’ai pris le fait que l’épisode se déroule dans une grande foire sur la Tamise gelée, plus précisément la dernière de ces foires alors même que la révolution industrielle commence. Il est possible que j’extrapole un peu (cela m’arrive^^) mais je trouve que l’épisode sous entend une relation de cause à effet entre ladite révolution (et en particulier la découverte de ce fuel particulièrement efficace) et la fin des hivers très froids.

 

Pèle mêle, j’ai également apprécié l’hommage de l’épisode aux anciennes compagnes criardes (en particulier Mel) lorsque Bill s’égosille, bien sûr pour rien et à l’agacement considérable du Docteur qui devrait pourtant être sacrément rodé. Je trouve également intéressant qu’après deux saisons de parfaite obéissance le TARDIS redevienne « a bad girl always looking for trouble » avec laquelle il faut négocier, en général sans grand succès. Qu’est-ce qui a donc changé pour que le TARDIS reprenne son comportement d’antan ? Est-ce parce qu’elle s’est encore plus ennuyée que le Docteur durant sa longue période à universalité ? Est-ce dû au contenu mystérieux du coffre ?

 

Je finirais cette partie sur l’habituel moment de spéculation puisque la dernière scène nous en dit légèrement plus sur le fil rouge. Nous savons donc que ce qui est dans le coffre est capable de frapper et, vu la réaction de Nardole, que le Docteur n’est pas tant là pour garder le coffre contre des voleurs que pour empêcher ce qui est à l’intérieur de sortir. Je mets la spéculation suivante entre balise puisqu’elle s’appuie en partie sur le trailer de la saison que tout le monde n’a pas forcément voulu voir. [hide] Il semblerait qu’on cherche à nous faire croire que c’est le Master version Simm qui est enfermé dans ce coffre puisqu’il est bien sûr celui qu’on associe au fait de frapper en cadence de façon effrayante (même s’il le faisait par quatre et non trois coups). Auquel cas je suppose que c’est à Missy que le Docteur a fait la promesse de surveiller le coffre, ou peut-être à UNIT même si ces derniers ont je pense ce qu’il faut pour faire le travail eux même. [/hide]

 

1003 DickensianPersonnellement, j’aurais tendance à penser que c’est une fausse piste. Ma théorie ? Capaldi a fait le choix de partir avant l’écriture de la saison et c’est le 13eme Docteur qui est enfermé. Du coup, Twelve a pu faire ladite promesse à River-qui ne voulait pas que cette incarnation meure trop vite- ou, pourquoi pas, par le jeu du timey wimey, à lui-même. Allez quoi, Moffat nous fait un début de saison tellement linéaire que je suis sûre qu’il va chercher à se rattraper à un moment.^^

 

Pour ce qui est de Nardole, je m’étendrai rapidement sur ce qu’il grommelle devant le coffre, « I didn't ask to be re-assembled, did I? ». Sérieusement, son rôle me semble de plus en plus suspect : le Docteur dit dans l’épisode de noël que c’est lui qui a ressuscité Nardole mais il l’a visiblement fait contre sa volonté, ce qui n’est franchement pas son genre. Nardole semble quant-à lui vraiment obnubilé par son rôle de gardien, comme s’il s’agissait de son programme. Je persiste à penser que Nardole est bien plus robotique qu’humain et qu’il a été spécifiquement recréé pour aider le Docteur dans sa tâche…ou plutôt pour le surveiller. Cela expliquerait le fait que Twelve ne lui montre clairement pas beaucoup d’affection, il s’agirait en gros d’un mouchard évolué. Bon, il est aussi complètement possible que je me plante totalement, j’ai un certain entrainement sur le sujet.


III. Thin ice

 

J’aimerais maintenant me pencher sur un aspect de l’épisode qui me semble assez crucial, le double sens du titre. En effet, thin ice fait bien sûr référence au fait que la finesse de la couche de glace permette au monstre de se nourrir mais également à l’ expression anglaise « to tread on thin ice », c’est-à-dire aborder un sujet très délicat et potentiellement casse-gueule, l’équivalent français de marcher sur des œufs. Or, cet épisode ne fait que ça et sur pas mal d’aspects.

 

Tout d’abord, et surtout, sur l’aspect sombre du Docteur. Ce sujet est par définition délicat car il faut trouver un équilibre entre cet aspect très important de son caractère et le fait qu’il s’agisse du personnage principal d’une série familiale et qu’il ne puisse donc pas être un véritable anti-héros. Il suffit de voir les réactions en bonne partie négatives au début de la saison 8 pour comprendre que le dosage de cet aspect est crucial. L’épisode prend ici un risque considérable avec la scène où le Docteur sauve son tournevis sonique en faisant mine d’ignorer la mort de l’enfant: comme je le disais, cette scène est bien plus typique de ce début de saison 8 si décrié et même là les scénaristes n’avaient pas pris le risque de choisir comme victime de l’insensibilité apparente du Docteur un jeune enfant.

 

1003 Oeil

 

Bien sûr, comme je l’ai déjà fait remarquer, l’épisode prend vite le contre pied de cet aspect sombre avec la discussion entre Bill et le Docteur. Au cours de celle-ci, le Docteur donne deux arguments principaux. Il fait d’abord remarquer à Bill qu’elle n’a pas de raison logique d’être plus choquée par la mort de l’enfant que par le fait que quelques heures plus tôt elle marchait dans un jardin fertilisé par des cadavres puis justifie son insensibilité apparente par le fait qu’il ait besoin de ne pas se laisser submerger par l’émotion afin de pouvoir sauver les autres victimes potentielles. Les deux arguments se tiennent logiquement parlant mais je trouve intéressant de constater comment ils sont traités.

 

Le premier tout d’abord m’a personnellement immédiatement rappelé celui de Sherlock dans l’épisode 1x03 de la série éponyme lorsqu’il fait remarquer à Watson, choqué par le fait qu’il ne semble pas touché par la mort de la victime «There's hospitals full of people dying,. Why don't you go and cry by their bedside and see what good it does them? ». C’est logiquement imparable… mais montre un aspect sacrément effrayant du personnage. Personne ne devrait être capable de raisonner de manière aussi froide et si Sherlock a l’excuse d’être à ce moment de la série un sociopathe, le Docteur est censé être un personnage profondément bon et compatissant : ce premier argument rappelle complètement au spectateur qu’il est avant tout, et malgré toutes ses qualités, inhumain.

 

Son deuxième argument est déjà bien moins glaçant puisqu’il sous-entend qu’il ressent réellement de la peine devant ces morts mais qu’il se refuse à se laisser submerger afin de ne pas perdre en efficacité : « I care but I move on » comme il le résume peu après. Cela dit, et Bill le fait remarquer immédiatement, cet argument ressemble sacrément à une justification et cette impression est renforcée par le fait qu’il soit effectivement incapable de se souvenir de combien de personnes il a vu mourir mais aussi, et surtout, de combien il en a lui-même tué. Sur ce dernier point, ses arguments ressemblent encore plus à des justifications puisqu’il essaie d’expliquer que parfois il n’y a pas d’autres possibilités mais qu’il est incapable d’aller jusqu’au bout, systématiquement coupé par Bill qui n’est pas dupe et reconnait qu’il s’agit d’excuses et non d’arguments.

 

Mais ce qui rend cela encore plus ambigu est le fait que peu de temps après nous avons droit au discours du méchant. Lord Suttcliffe est, c’est clairement voulu, un méchant extrêmement caricatural qui assume totalement le fait d’être sans scrupules et qui, en bon bad guy d’opérette, va longuement dévoiler son plan avant de se débarrasser des héros d’une manière censée les faire souffrir et qui leur laissera mille fois le temps de s’évader.

 

1003 Doctor poisson en caoutchoucMais ce qui m’a immédiatement interpellée est le fait que sa tentative (du bout des lèvres puisqu’il s’assume comme méchant) pour justifier ses actions… utilise les mêmes ficelles que le Docteur précédemment. « Le fuel que je récolte en causant des morts par noyade permet de se passer du charbon qui cause la mort de nombreux mineurs » ressemble tout de même étonnamment à « la mort de l’enfant n’est pas plus choquante que celle des colons transformés en engrais » et « En produisant ce fuel, je fais progresser mon pays et même la race humaine » n’est pas sans rappeler « en ne me laissant pas submerger par les émotions, je suis plus efficace ».

 

Que le méchant le plus caricatural que la série nous ait montré depuis longtemps se justifie presque de la même manière que le Docteur me semble clairement ne pas être un hasard. Cet épisode se permet non seulement de marcher sur la « thin ice » qu’est le côté obscur du Docteur mais va jusqu’à y danser un tango.

 

Et cette ambiguïté se retrouve aussi chez Bill, pourtant à première vue traitée comme un personnage à l’opposé de ce Docteur qui, après des milliers d’années à devoir prendre les décisions difficiles, s’est naturellement endurci. Elle laisse parler son cœur, se montre choquée devant le coté obscur de Twelve et prend la décision morale de sauver la bête. Cela dit, lorsque le danger est imminent et que le méchant est sur le point de faire sauter la glace, elle ne se préoccupe que de ses nouveaux amis et répond à Kitty, qui lui fait remarquer qu’il y a encore des gens sur la glace : « - Forget them. There's no time! ». Il est bien sûr tout à fait normal de privilégier ses amis par rapport à des inconnus, d’autant plus qu’il s’agit là d’enfants, mais c’est ce « forget them » que je trouve fort intéressant. Elle demande en fait aux enfants de faire exactement ce qu’elle reprochait au Docteur précédemment, d’enterrer leurs émotions pour être plus efficace dans leur fuite et de « move on ».

 

L’autre aspect sur lequel l’épisode « tread on thin ice » est dans son jeu sur la ligne très fine entre plagiat et hommage. En effet, je pense qu’aucun fan n’a pu rater la ressemblance frappante entre cet épisode et The Beast Below et Kill the moon.

 

Comme dans le premier, nous avons là un monstre alien géant situé sous la surface et qui se révèle n’avoir aucune mauvaise intention et être cruellement exploité par des humains afin d’obtenir de l’énergie.Autre point commun frappant, une des victimes de ce monstre s’avère être un petit garçon innocent. Or, c’est là je pense que la ressemblance entre les deux épisodes se justifie puisque tous les spectateurs assidus pensaient que le gosse s’en sortirait là aussi, ce qui n’est cette fois pas le cas. Cela me donne aussi espoir que Moffat ait enfin commencé à accepter le fait que parfois les morts doivent rester morts : il serait temps qu’il l’apprenne durant sa dernière saison. :) Bref, j’ai pris cette première ressemblance comme un trollage de la scénariste qui joue sans vergogne sur nos attendus pour obtenir un effet de surprise.

 

Comme dans Kill the moon, le Docteur laisse à sa compagne, devenue représentante de sa race, le choix entre sauver ou détruire une bête innocente sachant que cette dernière pourrait causer de graves dommage à l’humanité. Je trouve relativement courageux de la part de la scénariste de choisir de reprendre l’intrigue de l’épisode qui a le plus divisé dans cette saison 8 déjà fort controversée mais je dois dire qu’elle s’en sort très bien puisque pour moi Thin Ice est un Kill the moon réussi. En effet, Twelve a « grandi » depuis la saison 8 et n’est plus le personnage quasi autistique qu’il était.

 

Ainsi, il ne laisse pas sa compagne désarmée devant cette décision cruciale. En bon prof, il refuse de donner la réponse mais commence par orienter un tantinet cette décision en demandant à Bill, qui a peu de temps avant montré son horreur à l’idée que l’esclavage était encore légal à cette époque, « if your future is built on the suffering of that creature, what's your future worth? » Plus important encore, alors que le Twelve de Kill the moon allait jusqu’à physiquement abandonner Clara devant cette décision en partant avec le TARDIS, ce Twelve reste auprès de Bill et se met à son service : « I serve at the pleasure of the human race, and right now, that's you. Give me an order. ». Le résultat est bien sûr complètement différent : là où Clara avait été très justement choquée et enragée par le comportement du Docteur, Bill en sort grandie, d’autant plus que le Docteur lui rappelle à la fin de l’épisode que c’est elle qui a permis ce dénouement heureux. Bill ayant clairement beaucoup moins d’assurance que Clara, ce comportement bien plus responsable de Twelve est crucial et permet à la fois de montrer au public son évolution et de renforcer le duo Bill-Docteur.

 

1003 Doctor Bill 4Je remarque aussi un troisième hommage, plus discret cette fois. Si l’épisode 1 avait de fortes ressemblances avec Rose et le 2 avec The end of the world, cet épisode 3 renforce la tendance de la saison 10 à se calquer sur la saison 1 en proposant, comme The unquiet dead, un épisode historique dans le royaume uni du 19 eme siècle. Or, dans The Unquiet dead, le Docteur décidait d’aider les Gelth en prenant une décision qui influait fortement sur l’humanité puisqu’il leur offrait les cadavres humains comme hosts. Pire encore, il prenait cette décision en allant à l’encontre de l’avis de sa compagne et ladite décision s’avérait bien sûr catastrophique.

 

On peut donc remarquer que ce n’est pas que Twelve mais le Docteur dans son ensemble qui a évolué, et c’est logique. Nine sortait juste de la Time war durant laquelle il avait pris une décision terrible qui, pensait-il, avait annihilé son peuple et quelques autres avec. Il estimait donc après ce sacrifice avoir le droit de prendre les décisions affectant la galaxie, d’autant plus que cette décision lui permettait de se racheter en partie en sauvant les Gelth, victimes indirectes de la time war. Twelve sait désormais que son peuple a survécu et a eu plus de mille ans pour prendre du recul sur la time war, mille ans durant lesquels il a parfois vécu de longs moments au milieu des humains (dont 50-70 ans environ dans cette incarnation). Il a également, comme je le disais précédemment, visiblement retenu la leçon du fiasco de Kill the moon même s'il a oublié Clara. Nous avons donc désormais un Docteur certes toujours sombre et ambigu mais paradoxalement bien plus stable que par exemple le fort sympathique Ten, toujours à deux doigts de passer en mode Time lord victorious.

 

Pour conclure ce long pavé, Thin ice est un épisode qui, pour reprendre la métaphore filée du titre, est bien plus profond que son apparence ne le laisse penser. Derrière son aspect de stand alone historique basique à l’intrigue simple-et un peu scatologique-, il joue fort bien son rôle d’épisode introducteur et permet également à la scénariste de prendre certains risques non négligeables et de ce fait de corriger certaines erreurs de caractérisation du Twelve de la saison 8 tout en conservant l’aspect fort ambigu du personnage. J’attends avec impatience de découvrir les prochains épisodes de Sarah Dollard qui pour l’instant réalise un 100% de réussite en ce qui me concerne. Je conclurai par ce sympathique échange entre Bill et le Docteur, extrait du cours « Time travel for dummies » du professeur Twelve :
-Every choice I make in this moment, here and now, could change the whole future.
-Exactly like every otherday of your life.The only thing to do is to stop worrying about it.

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