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Doctor Who 10x01 The Pilot

docteurBill: "If it had work to do, why would it lie around in a puddle?"
The Doctor: "I don't know, maybe it's a student.

 

Et voilà, le Docteur est de retour et a eu le bon goût de faire atterrir son TARDIS à une heure décente et durant le week end de Pâques, ce qui me laisse le temps de fignoler mon pavé sans que mes copies n'en souffrent (on voit bien que c'est un prof cette saison, il pense aux collègues^^).

 

Que penser de cet épisode? Je l'ai bien apprécié dans l'ensemble mais je ne peux hélas pas en dire que du bien ; je pense en revanche qu'il emmène la saison dans la bonne direction et c'est après tout l'essentiel. Puisque The Pilot a la double tache d'être un épisode introductif et un "monster of the week" à part entière, je consacrerai mes deux premières parties à ce double aspect avant de me pencher sur le fil rouge et les spéculations (cette année, je vise le 10% de réussite : on y croit!).

 

I. Un épisode hybride

 

Je vais commencer par ce qui m'a le plus gêné dans l'épisode. Ceux qui ont l'habitude de me lire savent que j'ai à peu près la capacité d'attention et de concentration d'un élève de 6eme en dernière heure de cours un vendredi après-midi et que chaque ralentissement du rythme m'est très difficile à supporter. Autant dire que j'ai pas mal souffert durant les vingt premières minutes de l'épisode. Je comprends parfaitement le choix de Moffat de sacrifier le rythme à la caractérisation de la nouvelle compagne mais il n'empêche que j'ai regardé ma montre plusieurs fois pendant cette longue introduction et il est fort possible que j'aie poussé un cri de joie à la 18eme minute lorsque le Docteur file de son bureau et se rue vers la flaque alors que la musique épique de Twelve retentit enfin. Moffat, ça va pour cette fois mais ne me refais plus un coup pareil! :(

 

J'apprécie néanmoins le fait que le showrunner (que je soupçonne d'être en général autant drogué que moi aux rythmes effrénés) ait coupé une bonne partie de la scène où Bill découvre les daleks pour la première fois. Nous avions déjà eu l'occasion de découvrir ladite scène il y a quelques mois, à l'occasion du comic relief je crois, et je l'avais déjà trouvée un peu longuette : une redite ne m'aurait pas amusée.

 

En fait, et je pense ne pas être la seule à avoir eu cette impression, il m'a semblé regarder un épisode écrit en collaboration entre RTD et Moffat. La première partie de l'épisode m'a fait pas mal penser à Rose, le pilote de la version 2005 de la série (vu le titre de l'épisode, je pense d'ailleurs que c'est complètement voulu). Dans les deux cas, on suit l'action à travers le regard d'une future compagne d'une classe sociale peu favorisée qui rencontre le Docteur sur son lieu de travail. Dans les deux cas, la figure maternelle est un peu paumée et a une vie amoureuse très décevante et le père est inexistant. Dans les deux cas, l'alien de la semaine va prendre l'apparence de la personne aimée par la future compagne. Je suis sûre qu'il y a d'autres parallèles dans l'intrigue mais ce sont ceux qui m'ont sauté aux yeux.

bill

Cette RTDisation n'est pas négative en soi, bien au contraire. Je pense que cela fera du bien à tout le monde d'avoir enfin une compagne normale qui n'est pas une impossible girl, une girl who waited ou tout autre périphrase ronflante. De plus, si mon problème sur le rythme fait que je préfère en général l'ère Moffat à celle de RTD, il est pour moi indéniable que ce dernier était bien meilleur pour créer des personnages attachants et creusés, justement parce qu'il prenait le temps de les mettre en contexte et de nous présenter leur famille et leur environnement. Il suffit de voir d'ailleurs la scène où Bill découvre les photos de sa mère, scène franchement plus typique de RTD que de Moffat : c'est beau, touchant, et ça fait plus en 2 minutes pour nous rendre Bill sympathique que tout le reste de l'épisode.

 

Bref, je ne peux que louer Moffat d'avoir décidé de tenter de faire ce travail de caractérisation pour sa nouvelle compagne et tant pis pour moi si j'ai dû un peu serrer les dents en début d'épisode. Il me reste bien assez de Moffatismes pour être satisfaite, comme l'objet du quotidien rendu monstrueux, le gimmick auditif, les clins d’œil à la série classique (très belle référence au véritable pilote de la série avec la photo de Susan sur le bureau du Docteur) ou ceux à la saison précédente (mention spéciale au thème de Clara joué au moment où Bill dit au Docteur qu'il n'apprécierait pas d'être victime d'un mind wipe). Reprenons donc l'analyse de ce qui se passe dans l'épisode.

 

Après cette longue découverte de la vie de Bill légèrement parsemée de scènes où le Docteur se comporte comme un prof (bonjour le dépaysement...^^) , nous entrons enfin dans le vif du sujet avec l'apparition du monstre de la semaine. La fan de film d'horreur que je suis a bien sûr apprécié cet hommage pas du tout voilé aux fantômes japonais (une femme visiblement morte et ruisselant d'eau qui se déplace en glissant et ne peut apparemment communiquer que par imitation ou par un cri strident). Mention spéciale à la scène de la salle de bain de Bill, qui réunit quasiment tous les clichés du genre, et surtout à celle de la première confrontation entre Pilot-Heather et Bill sur le campus : tous les éléments sont ultra prévisibles mais le tout est flippant et le "you're dead" du monstre immédiatement suivi d'un jump scare a tout a fait fonctionné chez moi alors même que je me disais que c'était ce qui allait se passer.

 

Un seul bémol : je regardais l'épisode en direct et ne pouvais donc pas faire pause, ce qui m'a posé un léger problème technique. Moffat, la prochaine fois que tu décides de faire un épisode de 50 minutes diffusé un week end de fête à l'heure de la digestion, merci de ne PAS choisir comme gimmick auditif un putain de bruit d'eau qui ruisselle : disons que j'ai compati très fort avec Bill lorsque sa première réaction en voyant l'intérieur du TARDIS a été de demander où étaient les toilettes.

 

heather

Bref, pour en revenir au monstre de la semaine, je m'estime satisfaite même si la résolution (malgré son aspect atroce il ne voulait en fait pas faire de mal) a été pas mal utilisée ces dernières saisons (dans Hide et Time Heist par exemple). Enfin bon, si on va par là, le coup du vaisseau spatial semi vivant qui tue des humains parce qu'il se cherche un pilote, c'est en gros le scénario de The Lodger, on ne va pas revenir sur chaque recyclage de Moffat. Je suis en revanche assez surprise de la réaction du Docteur face à cette créature : il répète plusieurs fois à Bill de ne pas lui faire confiance car "it's not human" et ne réalise pas ce que Bill a fini par comprendre, que Pilot-Heather ne veut pas l'emmener de force. Le Docteur nous a habitué a un peu plus d'empathie concernant les races aliens : est-ce parce qu'il est resté sur Terre trop longtemps?

 

Dernière chose concernant Pilot-Heather, nous avons droit à l'habituel moffatisme du danger de la semaine clairement comparé au Docteur : vous savez, comme la baleine géante de la saison 5 qui était "very old but very kind", le monstre du god complex "last of his race, an ancient creature drenched in the blood of the innocent ", le robot de la saison 8 qui a changé toutes les parties de son corps et ne peut donc pas être sûr d'être encore lui-même... Ici, le Docteur résume sobrement les capacités de Pilot-Heather par "it's fast, it time travels, it never gives up", ce qui me rappelle fortement quelqu'un.^^

 

Passons au dernier grand thème non introductif de l'épisode, la romance entre Bill et Heather. Je dois admettre qu'alors que j'ai le romantisme d'une brique et que les histoires d'amours me passionnent à peu près autant qu'une rediffusion de Plus Belle la vie, j'ai trouvé cet aspect très bien traité. Pas de sexe, pas de longues déclarations enflammées, pas même un baiser : juste le début d'une histoire qui aurait pu -ou pas- se concrétiser entre une jeune femme un peu paumée et une éternelle insatisfaite avec une étoile dans les yeux. Leur scène d'adieu en particulier est très belle et je trouve l'idée que ni le public ni Bill ne savent si les larmes dans les yeux de cette dernière viennent d'elle, de Heather ou sont de simple éclaboussures de Heather-pilot très poétique. Bref, j'ai trouvé Heather et Bill plus crédibles en 50 minutes que Danny et Clara en une saison mais il est possible que je sois influencée par le fait que cette histoire soit très probablement finie et qu'on ne me bassinera pas avec des atermoiements amoureux pendant toute une saison.

 

Bill et HeatherEnfin, pas d'épisode correct de Doctor Who sans humour et, si The Pilot est loin d'être le plus hilarant, cet aspect n'est pas négligé. J'ai bien sûr particulièrement apprécié les nombreuses blagues sur les étudiants, obligatoires maintenant que le Docteur assume son coté prof, et j'exige de voir dans les prochains épisodes le "macaroon dispenser" du TARDIS (on a bien fini par voir la piscine). Niveau comique visuel, le Docteur qui prend le temps alors qu'il est poursuivi par un danger inconnu d'enlever le panneau "out of order" de la porte du TARDIS a très bien fonctionné chez moi. Enfin, je dois tirer mon chapeau à Moffat qui trouve le moyen de trouver encore, après tant d'années et de débats de fans, une incohérence peu relevée dans le canon de la série : le fait que l'acronyme TARDIS ne fonctionne qu'en anglais. Smile

 

On retrouve aussi le jeu sur le 4eme mur assez typique de la série ces dernières années comme lorsque Bill demande au Docteur "do you know any sci-fi?", lorsqu'elle fait référence à une série de science-fiction avec des aliens disponible sur Netflix ou lorsque le Docteur, agacé, fait carrément référence au script lorsqu'il dit à Nardole "I don't know everything, I don't have it all written down." La série aime aussi toujours autant se regarder le nombril et cela donne lieu à quelques blagues sympathiques comme lorsque le Docteur s'exclame "Never ever be late, I'm very particular about time" ou lorsqu'il répond à Bill, qui s'étonne du fait qu'il ne semble pas être sûr de ce à quoi il ressemble "Oh, you've no idea."

 

Je me dois néanmoins de finir sur un aspect que j'ai trouvé assez déplaisant, et c'est bien dommage puisqu'il s'agit non seulement d'une des premières tentatives d'humour de l'épisode mais d'une des premières prises de parole de Bill. Je sais bien que Moffat a parfois tendance à ne pas trop réaliser comment ses idées peuvent être interprétées par son public, en particulier féminin, mais j'ai tout de même du mal à justifier la blague sur le fait que Bill ait rendu grosse son béguin de début d'épisode.

 

Certes, je peux comprendre le fonctionnement de la blague: Bill cherche à séduire une jeune fille mais ne réalise que trop tard que la méthode qu'elle choisit rend sa cible non désirable... mais je trouve très moyen, dans une série familiale donc regardée en bonne partie par des enfants et des adolescents, de sous-entendre qu'à partir du moment où une fille est grosse tout son sex appeal disparaît immédiatement. Sachant déjà que de tous les personnages féminins récurrents de l'ère Moffat seule Osgood doit dépasser la taille 38, ce n'est vraiment pas très malin de véhiculer ce genre d'idée même si j'ose espérer qu'il s'agit d'une maladresse et que ce n'était pas du tout le but de Moffat. Quel dommage de faire cette bourde dans un épisode où il parvient par ailleurs à proposer une romance gay qui pour une fois n'est pas hyper-sexualisée!

 

Bref, fin du coup de gueule... et de ma première partie. Passons maintenant à l'aspect pilote de the Pilot.

 

II. Un épisode introductif

 

Nardole et bill

Comme le double sens du titre le laissait supposer et comme bien souvent lorsque nous avons droit à un changement de compagne, cet épisode cherche non seulement à nous présenter la nouvelle locataire du TARDIS mais à servir de point de départ possible pour de nouveaux spectateurs qui n'auraient ni le temps ni l'envie de se farcir les 900 épisodes précédents. Il faut dire que c'est l'occasion rêvée puisque le Docteur, sous couvert d'expliquer à sa nouvelle compagne ce qui se passe, peut ainsi récapituler pour les nouveaux arrivants la mythologie de la série.

 

Pour cet aspect, je trouve que the Pilot s'en sort intelligemment et permet de caser l'essentiel de ladite mythologie en peu de temps. Je pense qu'il s'agit du seul épisode introductif qui parvient à donner en 50 minutes, sous prétexte d'une course poursuite avec l'alien de la semaine, une démonstration de l'aspect spatial ET temporel du TARDIS (avec une visite express de planète pour l'occasion), une présentation des méchants iconiques de la série alors qu'ils n'avaient rien à voir avec l'intrigue, une mention à la time war et un coup d’œil au tournevis sonic (à une collection d'entre eux d'ailleurs) ET au psychic paper. L'épisode prend même le temps d’effleurer l'aspect très relatif de la temporalité avec le moment où Bill est témoin d'une bataille de la time war, très futuriste pour elle, mais qui pourtant se déroule dans le passé. Bien sûr, c'est incontournable, le tout fait un peu rushé mais c'est néanmoins un bon moyen de présenter les grandes lignes de la série à un nouveau public sans pour autant ennuyer profondément les fans.

 

Mais ce n'est bien sûr pas le seul rôle d'un épisode introductif: ce dernier a également le devoir de nous présenter la nouvelle compagne, le compagnon que la série a jusqu'à présent peu creusé et le nouveau Docteur, Twelve ne cessant d'évoluer à chaque saison.

 

Je vais commencer par Nardole puisque c'est celui sur lequel j'ai le moins à dire. Nous avons désormais la confirmation que le Docteur lui a donné un corps robotique (et qu'il a tendance à oublier d'utiliser régulièrement de l'huile pour les articulations^^), ce qui sera je suppose pratique en cas de confrontation avec des aliens hostiles. Je tente d'oublier le fait qu'il lui a apparemment laissé certains de ses organes internes, et pas les plus glamour, puisque Nardole conseille à Bill d'attendre quelques minutes avant d'entrer dans les toilettes qu'il vient d'utiliser. :snif2: On retrouve aussi l'aspect un peu bouffon déjà repéré précédemment, parfois franchement lourd d'ailleurs : le fait par exemple qu'il parte du mauvais coté lorsque le Docteur et lui se dirigent vers la cave où est caché le mystérieux coffre la nuit où Bill les suit est juste ridicule puisqu'il fait visiblement ce trajet depuis un bon bout de temps. De même, il semble être confirmé que le personnage a repris le rôle précédemment dévolu à Clara de "traducteur" entre le Docteur et le reste de l'humanité comme lorsqu'il tente d'expliquer à Bill comment fonctionne le TARDIS ou lorsqu'il remarque les larmes dans les yeux de Bill et explique à cette dernière que le Docteur n'est pas du genre à les voir.

 

Ces deux aspects de comic relief et de notice explicative sur patte étaient déjà visibles dans l'épisode de noël et c'est aussi un peu le cas du troisième : celui d'assistant/majordome/homme de main. En fait, Nardole semble là en bonne partie pour soulager le Docteur de toutes les taches non héroïques: parler aux simples mortels et leur ouvrir la porte, servir occasionnellement de paire de mains supplémentaire, faire diversion pendant un danger... Il est bien possible que ce soit un moyen de rendre par ricochet le rôle de la compagne plus intéressant puisqu'elle n'aura pas à assumer ces rôles. De même, puisqu'on s'achemine clairement vers une relation tuteur/étudiante entre le Docteur et sa compagne, Nardole pourra être celui qui remet le Docteur à sa place quand il va trop loin (il ne se gêne clairement pas pour lui dire ce qu'il pense). Si c'est bien là l'intérêt du personnage, cela peut être une bonne idée.


nardole

Il n'empêche que cela rend la relation entre Nardole et le Docteur assez étrange : je n'ai pas souvenir d'avoir vu un seul vrai moment de complicité entre eux et ce n'est pas la faute des deux acteurs, c'est je pense voulu. Certes, ils se parlent, échangent parfois des regards entendus et même se serrent la main lorsque Bill dit enfin "it's bigger in the inside" mais c'est presque toujours initié par Nardole et le Docteur ne semble jamais montrer de véritable affection envers lui. Il y a même des moments où il montre un certain mépris pour le personnage, comme lorsqu'il répond à Bill, qui demande si ils sont en sécurité, "Well, that's up to Nardole, so probably not." Pire encore, lorsqu' il demande à Nardole de servir de diversion, il ne lui laisse littéralement pas le choix et ce dernier obéit alors qu'il n'a visiblement aucune envie de la faire.

 

Cela me donne vraiment l'impression que Nardole n'est pas considéré comme un compagnon mais comme un outil par le Docteur, comme une sorte de Handles sur pattes, ce qui me fait me demander quel est réellement le degré de conscience du personnage. Est-il "humain" ou une simple machine qui parle? Il est bien sûr possible que j'extrapole (ça m'arrive parfois^^) et que le coté très désinvolte du Docteur à son égard vienne du fait qu'ils aient passé énormément de temps ensemble (on n'a pas de timeline exacte mais le Docteur est censé faire cours depuis une 50aine d'année et c'est sans compter le laps de temps entre The Husbands of River Song et The return of Doctor Mysterio).

 

Passons maintenant à Bill. Comme je le disais précédemment, je suis contente de retrouver une compagne "normale", tellement normale d'ailleurs qu'elle est la seule depuis Mickey à avoir un comportement logique en découvrant ce qu'est le TARDIS. J'ai beau être fan de sci-fi en général et de cette série en particulier, il n'empêche que si je découvrais un alien capable de voyager dans l'espace temps à bord d'un vaisseau défiant les dimensions, mon premier réflexe ne serait PAS l'émerveillement et l'excitation! Je veux bien admettre qu'Amy avait l'excuse d'avoir été une enfant la première fois et que Clara était un fragment de son moi futur et connaissait donc "intuitivement" le Docteur mais pour tous les autres, c'est juste complètement wtf.

 

Bill, qui est une scientifique dans l'âme (je suis jalouse de ses notes en physique, coachée par le Docteur ou pas) a d'abord le réflexe parfaitement sain de rationaliser ce qu'elle voit, pensant d'abord à une pièce à l'entrée en trompe-l’œil (elle m'a d'ailleurs achevée avec son "what happened with the door? Did you run out of money") puis, lorsque que celle-ci bouge, à un ascenseur. Elle met ensuite un temps certain à réaliser que l'intérieur est plus grand que l'extérieur au point que le Docteur grommelle "Is it my imagination or is this taking longer than normal?” et, si elle semble tout d'abord partager l'émerveillement des compagnes précédentes lorsqu'elle réalise enfin ce qu'est le TARDIS, elle subit néanmoins un véritable choc lors de son premier "vrai" voyage qui ne peut pas être rationalisé.

 

Bien sûr, il serait pénible pour le spectateur de proposer ce schéma à chaque nouvelle compagne : le manque de peur des personnages confrontés à l'impossible dans la science-fiction est parfaitement acceptable dans le cadre de la "suspension of disbelief" nécessaire pour apprécier ce genre. Il est néanmoins rafraichissant de voir un personnage réagir presque normalement (je dis bien presque parce que je pense que je ne serais pas la seule, loin de là, à m'enfuir à toutes jambes^^).

 

heather billPour en revenir à la caractérisation de Bill, l’asexuelle que je suis est bien sûre ravie de découvrir qu'elle est lesbienne et semble avoir une relation prof/étudiante avec le Docteur, ce qui rend toute romance entre eux bien peu probable : fort égoïstement, j'aimerais retrouver le Docteur ace que RTD puis Moffat ont sérieusement mis à mal : ce n'est pas comme si on avait une forte représentation dans la pop culture. ;)

 

Enfin, je suis ravie que nous ayons ENFIN une compagne fan de science-fiction (et sans doute de comics vu ses badges^^). Déjà, cela permet d'aller beaucoup plus vite sur l'aspect toujours un peu lassant de la période d'apprentissage de la nouvelle compagne qui doit découvrir ce que tout fan sait déjà. Ici par exemple, il est inutile de lui expliquer que le Docteur a le pouvoir d'effacer la mémoire des gens, elle reconnait une tentative de mind wipe au premier coup d'oeil. Surtout, puisque le rôle de la compagne est d'être le personnage auquel le spectateur peut identifier, il est plutôt judicieux de lui donner une caractéristique commune à tout fan de Dr Who : un intérêt pour la science-fiction.

 

Le Docteur lui-même sent immédiatement le potentiel que représente une nouvelle compagne fan de sci-fi et qui sera donc ravie de voyager avec lui (je repense avec horreur à Peri, la compagne du 6eme Docteur, qui ne cessait de râler à chaque épisode et chaque destination) et aura l'ouverture d'esprit nécessaire pour être réellement utile dans leurs futures aventures et pas une simple groupie. Il le montre bien lorsqu'il lui dit "So, you meet a girl with a discoloured iris and your first thought is she might have a lizard in her brain? I can see I'm going to have to up my game." Bref, Bill me semble être une compagne pleine de potentiel et il semblerait que Moffat ait écouté les critiques pour sa dernière saison, du moins sur ce sujet.

 

Enfin, nous avons le Docteur. Cela fait apparemment entre 50 et 70 ans qu'il donne régulièrement cours dans cette université. Même si cette indication est toute relative puisqu'il peut voyager dans le temps et que nous avons la preuve, avec la position du tapis offert par Bill, qu'il a fait au moins quelques voyages en TARDIS durant ce laps de temps, je ne me souviens pas que le Docteur soit resté si longtemps sur Terre au même endroit, toute incarnation confondue. Cette longue pause a clairement influé sur son caractère, déjà probablement modifié par le mind wipe subi en fin de saison 9 et le deuil de River dans l'avant dernier christmas special même si un simple "romp" sans prétentions comme The return of Doctor Mysterio n'a pas vraiment suffi à s'en assurer.

 

Ici, les changements sont visibles. Le Docteur de The husbands of River Song ne supportait pas les traditions de noël, celui-ci partage sans rechigner un repas de fête avec Bill, chapeau festif sur la tête. Le Docteur de la saison 9 disait clairement dans The woman who lived "No banters! I draw the line at banter!", celui-ci n'hésite pas à s'y adonner avec Bill au point que Nardole le fait remarquer. Le Docteur de la saison 9, déjà pourtant bien plus humanisé que l'année précédente, avait encore besoin de cartes lui indiquant quoi dire et comment réagir pour ne pas blesser les sensibilités humaines : celui-ci, bien que toujours fort peu à l'aide avec les émotions, n'hésite pas à demander clairement "how do I help?" lorsque Bill, choquée, tente de se ressaisir dans les toilettes en Australie. Ce Docteur semble également tout à fait conscient... et ma foi plutôt content d'être "very silly sometimes" comme l'accuse Nardole.

 

Bref, s'il est clair que Twelve ne gagnera toujours pas le prix du time lord le plus câlin et chaleureux, il s'est encore sacrément adouci et fait plus vieux gentleman réservé qu'associal à la limite de l'autisme (il commence à ressembler sacrément au 3eme Docteur je trouve). Je pense d'ailleurs que Nardole se plante complètement lorsqu'il dit à Bill qu'il ne remarque jamais les larmes, le simple fait qu'il prenne la peine de revenir dans le passé prendre des photos de la mère de Bill montre qu'il est parfaitement capable de comprendre lorsque une personne qui lui est chère souffre : par contre, pour un alien de plusieurs millénaires à la technologie ultra avancée, c'est sacrément la honte de se faire repérer dans le reflet du miroir comme un vulgaire cameraman de Supernatural.^^

 
Même son costume, plus sobre, reflète sa nouvelle compréhension des codes humains mais aussi, je pense, une certaine tristesse que j'ai en fait ressentie tout au long de l'épisode. Il sourit peu (enfin, moins que d'habitude quoi^^) et, surtout, ne montre pas vraiment d'excitation ou de colère devant le danger, ce qui était souvent le cas auparavant. Il semble en fait en mode veille, ce qui est je suppose assez normal au vu de ses deuils successifs et du fait qu'il a passé un très long moment à vivre une vie plus ou moins "normale". Espérons que le retour à un mode de vie trépidant avec une nouvelle compagne lui redonne un peu d'énergie.


III. Et maintenant ?

 

Passons maintenant à ce que nous savons, ou pouvons deviner, du fil rouge de l'année. Deux mystères, probablement liés, nous sont proposés cette semaine : quel est ce mystérieux coffre que lui et Nardole doivent garder et qui lui a fait promettre de rester sur Terre? Pour être tout à fait honnête... je m'en tape un peu. J'ai toujours trouvé que Moffat était bien meilleur pour poser des mystères que pour y répondre et je pense que je vais essayer au maximum de me laisser porter par la saison même si je me connais assez pour savoir qu je ne pourrai pas m'empêcher de spéculer (et de me tromper probablement^^).

 

bureauLe seul vrai mystère qui me passionne est de découvrir si cette université qui offre un bureau aussi magnifique à ses profs existe réellement et si je peux postuler. Mon collège est loin d'être le plus mal loti et on est plutôt sponsorisés par le contreplaqué et le PVC. :( Si les directeurs me lisent, sachez que mes cours ont sacrément plus de sens que ceux du Docteur et que j'enseigne réellement les matières pour lesquelles on me paie, MOI.

 

Plus sérieusement, je pense que c'est en fait lié au mystère précédent. Le Docteur peut non seulement bénéficier de superbes locaux mais enseigner depuis un temps plus long que son âge apparent (ou alors l'histoire se déroule dans un monde alternatif où François Fillon a été élu et a repoussé un peu énergiquement l'âge de départ à la retraite). Il peut même inscrire Bill en cours d'année alors que cette dernière n'a jamais postulé et n'est même pas étudiante même si je suppose qu'il a pu revenir dans le passé pour cela. Plus impressionnant encore, il peut utiliser le nom "the Doctor" de manière officielle, comme on peut le voir rapidement sur les copies des devoirs de Bill. "It's like the university let you do whatever you like" remarque d'ailleurs cette dernière. Ma théorie (quand je vous disais que je ne pouvais pas m'empêcher de spéculer^^) est que c'est UNIT qui a usé de son influence pour que le Docteur obtienne tous ces avantages. Il est d'ailleurs possible que ce soient également eux qui aient demandé au Docteur de surveiller le mystérieux coffre, Osgood et Kate faisant partie des rares personnes vivantes que le Docteur serait susceptible d'écouter.

 

Je finirai cette saison par de la pure spéculation tirée par les cheveux comme on aime. Bill, lorsqu'elle croit que le Docteur l'accuse lorsqu'il lui fait remarquer qu'elle suit ses cours sans être inscrite, répond "plenty of people come to your lectures that aren't supposed to". Ces mystérieuses personnes sont-elles a) des jeunes qui aiment suivre des cours pour le fun (j'aurais tendance à ricaner à cette idée mais j'enseigne en collège, ce qui fausse un peu ma vision^^) b) des gens de UNIT chargés de la sécurité du Docteur c) des ennemis liés à l'intrigue de la saison et souhaitant ouvrir le coffre d) une simple manière pour Bill de dire qu'elle n'est pas la seule à "frauder", arrête de délirer Tyr! J'aurais tendance à penser à la dernière solution mais qui sait?^^

 

Plus tordu encore, et je mets la spéculation en spoiler puisqu'elle s'appuie en partie sur le coming soon...

Le Docteur prend un moment en mains un disque vinyle de la célèbre marque... "his master's voice" Puisque nous savons désormais que John Simm revient, est-ce réellement un hasard? Il est possible que Master Simm soit le méchant de la saison, que Missy ne soit pas de son coté (pourquoi le Docteur serait-il le seul à ne pas s'entendre avec lui-même?^^) et qu'elle tente de prévenir le Docteur par ce moyen détourné. Ou alors, encore une fois... c'est un simple vinyle servant à montrer le coté old school de cette incarnation du Docteur et je dis n'importe quoi.^^

Pour conclure, je dirais que si cet épisode met trop de temps à démarrer à mon goût il s'agit en revanche d'une très bonne introduction à la nouvelle compagne et que la saison semble partir sur de bonnes bases. Dans tous les cas, je remarque que Moffat cherche encore une fois à changer l'ambiance de sa saison par rapport à la précédente et j'ai tendance à penser que chercher à se renouveler est toujours positif, même si cela n'a pas fonctionné à 100% pour moi. Je finirai par cette très jolie citation du Docteur, qui résume d'ailleurs parfaitement la philosophie du personnage : “Hardly anything’s evil. Most things are hungry. Hungry can look a lot like evil from the wrong end of the cutlery."

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